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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 08:48

un excellent reportage sur le crr d'aubervilliers a été diffusé sur france inter dimanche dernier

Le crr d'aubervilliers, dans le 93, se targue d'offrir ses services d'enseignement musical auprès d'un public populaire et peu riche.

Nul doute qu'élus et personnel enseignant militent pour un enseignement musical d'excellence vers un public qui y a rarement accès, l'élever vers les sphères de la culture dominante, pour l'arracher à la gangue populaire.

Une petite musique lancinante revient dans le discours de jean roudon, le directeur, qui, par trois fois dans ce bref interview, revient sur le mot "hautbois".

1- D'abord pour dire que le hautbois, comme le cor, sont des instruments aussi intéressants à étudier que le piano ou la guitare (on peut ranger ce genre de discours dans la case, par un mauvais jeu de mot, de "langue de bois").

2- Que le hautbois, d'une valeur de 4000 euros, inaccessible à des petits budgets, peut être cependant accessible à tous, à travers son prêt ou sa location très avantageuse. ( c'est faire l'impasse sur l'achat nécessaire de l'instrument pour un élève qui, après plusieurs années d'étude, souhaite continuer à le pratiquer).

3- Le hautbois et le tuba sont présentés dans les écoles, dans un but de faire connaître ces instruments ignorés du grand public.

Cette fixation sur cet instrument m'amène à plusieurs remarques:

1- Le hautbois est un instrument bien ingrat, difficile à jouer, au son aigrelet, d'une technologie rudimentaire, dont je suis surpris qu'il ait pu continuer à s'imposer dans les orchestres classiques depuis plusieurs siècles.

2- Plusieurs de mes élèves en formation musicale en ont fait l'expérience, et en sont revenus; le dernier en date, amélien , s'est rabattu sur le violon et la guitare.

3- Pour le prix d'un hautbois (4000 euros), on peut acheter 100 guitares (40 euros l'unité chez Thomann). Le choix du luxe aristocratique d'un hautbois est-il justifié face à l'engouement populaire de la guitare?

4- "L'animation", terme dénigré par Jean Roudon, qui dit "on fait de l'animation et on accueille tout le monde et on fait les choses pas très bien", me paraît justement l'élément essentiel de la pratique ménétrière, où, comme le dit Quantz, on peut "bouziller" de la musique, l'expérimenter, produire à foison des fausses notes, pour peut-être avoir un jour l'exigence de la note juste.

5- A l'animation bordélique et sauvage, Jean Roudon préfère un enseignement "structuré", où tout est balisé et lisse, comme on nous le vend à l'heure actuelle à travers la dictature hégémonique de la pratique maîtrisienne.

6- Je suis d'accord avec Jean Roudon, c'est une question d'ordre politique, entre le choix d'une pratique aristocratique, élitiste et déterministe de la musique, à l'opposé d'une pratique populaire, démocratique et aléatoire de l'instrument, avec comme finalité, quoiqu'en dise l'institution, le nirvana d'une pratique professionnalisante de la musique.

Ainsi, sous couvert d'exigence, de préservation d'une culture musicale patrimoniale, s'enferme-t-on dans un système d'enseignement séculaire qui ne veut pas bouger d'un comma.

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