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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 08:36

Ma quête de sens sur la contradiction pratique maitrisienne/pratique ménétrière m'a amené à faire une recherche sur la question de la dialectique sujet/objet, et je suis tombé sur le livre de alain badiou, "théorie du sujer", où il est question, entre autre, d'idéalisme et de matérialisme.

Badiou procède à une classification entre postures philosophiques idéaliste et matérialiste, et distingue la classe des matérialistes métaphysiques, dans laquelle il y range La Mettrie (p.134à139).

En lisant cela, j'ai tout de suite penser à Onfray, dont La Mettrie est le maître à penser, et, après une brève recherche sur internet, j'ai découvert que Onfray avait édité un ouvrage sur la musique en 2013 intitulé "la raison des sortilèges"

Il en parle dans un interview sur France Musique, et dévoile tout le matérialisme radical et obtus qui l'habite.

Je reviens sur l'ouvrage de Badiou, sur la question de l'idéalisme et du matérialisme; je parlerai dans un article à venir des cinq classes, entre idéaliste métaphysique subjectif/objectif, idéaliste dialectique, matérialiste métaphysique et dialecticien matérialiste, auxquelles on peut adosser des postures musicales.

Pour faire cours ici, l'idéalisme musical met en avant l'écoute subjective de tout objet sonore, que Bério illustre par sa définition de la musique: “ La musique est tout ce que l’on écoute avec l’intention d’écouter de la musique. ” cette définition rejoint l'aphorisme de Berkeley, "esse est percipi", pour qui toute réalité ne peut venir que du sujet percevant.

A l'inverse, le matérialisme musical considère que la réalité musicale se trouve dans la nature, qu'elle existe indépendamment du sujet, comme le pense par exemple Michel Serres, qui considère le big bang comme objet originaire musical (qu'aucun humain n'a pu entendre), à partir duquel va se développer le concept musique, distinct du bruit.

Onfray se range dans la catégorie des matérialistes musicaux, je vais le montrer ici à travers un commentaire de l'interview ci-dessous

 

1-Onfray se dit d'un milieu modeste, de père ouvrier agricole et de mère femme de ménage, qui plus est, habitant dans une sous préfecture normande (l'horreur parisienne!), champ bourdieusien peu propice à une mélomanie de la musique classique, refrain matérialiste archi ressassé d'une inédaquation entre un objet à valeur hautement culturelle (la musique classique) et un sujet ignare et populaire (onfray soi-même). Le décor est ainsi posé d'une dialectique tranchée entre un objet musical déjà là, et un sujet musical, simple réceptacle qui doit s'adapter aux dures réalités de la musique classique dominante.

L'inverse idéaliste ferait fi de toute cette engeance réelle de la musique, ne s'intéressant qu'à la perception acoustique des sons, entendus (dans le sens schaefferien du terme) par le sujet, initiation propice à une éclosion subjective et artistique du concept musique.

2-Onfray fait preuve d'un mépris hautain tout aristocratique de l'enseignement du "pipeau" à l'école publique (le terme exact est "flûte douce", où l'on voit ici que le choix des termes n'a rien de neutre), vulgaire instrument indigne d'une médiation vers les hauteurs himalayenne de la musique classique. MIeux aurait valu, selon cet ardent défenseur de la musique (classique), écouter en classe le tétralogie de Wagner livret à la main, mais cette procédure aurait -elle eu autant de succès que le pipeau plébéIen?

Pour ma part, j'ai connu une élève absolument adorable, prénommée Sophie, qui, alors qu'elle était à l'école primaire, avait commencé la guitare en atelier avec moi à Beaulieu mais a vite abandonné au bout de deux ans, et que j'ai retrouvée quelques années plus tard en cours de formation musicale toujours à Beaulieu, décidée à pratiquer la flûte baroque après une expérience absolument révélatrice en sixième en cours de musique au collège, à travers la pratique collective de la flûte, et qui a suivi un parcours remarquable au sein du crr de Poitiers dans sa pratique de la musique baroque.

3-Onfray se targue "d'aimer" la musique (classique) sans analyse fastidieuse," j'ouissant " du flot de la musique de Bach, objet de plaisir pour un corps s'y offrant, preuve que la musique "en soi" est pur plaisir, que le sujet n'a pas à s'y préparer, qu'il n'est ici qu'un réceptacle d'une matérialité musicale déjà là.

4-Onfray se désole que, sur une pochette de disque, on ne voit que le nom de l'interprète, laissant au second plan celui du compositeur. Pour Onfray, n'écouter que l'interprète révèle une posture "bourgeoise", alors qu'une écoute auhentique serait la perception de la musique en soi, celle du compositeur, preuve supplémentaire de la posture matérialiste de Onfray, qui réifie la musique à sa partition.

5- Le jugement de Onfray sur Bach est particulièrement curieux.

Alors que ce compositeur est plutôt rangé parmi les intellectualistes et les cérébraux (pour preuve les 24 préludes du clavier bien tempéré), Onfray prétend que cette musique s'adresse à notre chair, s'empare de notre corps, dans une communion sensuelle de l'intentionnalité compositionnelle de l'auteur.

L'exemple de la scie "que ma joie demeure" laisse perplexe sur le goût bachien de Onfray, je m'attendais à plus distingué de sa part.

6- Onfray prétend que la musique de Bach parle à notre système neuro végétatif. Cette théorie est à l'égal de celle de Daniélou qui, dans "sémantique musicale", veut démontrer que la musique , réalité naturelle, entre en résonance avec notre système neurologique préâblé. Ce sont les fameuses bonnes vibrations que les babas cools soixante huitards tenaient de la musique indienne, fondée sur ce principe. Comme quoi le matérialisme musical de Onfray se dévoile encore, entre réalité musicale naturelle, et perception adéquate du sujet

7- Onfray, à l'égal de Michel Serres avec sa théorie du big bang comme origine de toute musique naturelle, voit en Wagner une matrice originaire d'où se scinderaient deux courants, l'un sensuel et jouissif berliozien, l'autre intellectualiste et cérébral debussyste, démontrant encore le versant matérialiste de Onfray, considérant la musique comme un en-soi, objet détaché du sujet avec sa propre histoire.

Bref, Onfray pérore en sophiste matérialiste; Pour lui, LA musique, c'est essentiellement la musique classique, et il dévoile sa coquetterie toute aristocratique de son écoute hautement culturelle et bourgeoise en nous révélant que traînent sur son bureau six ou sept disques d'un compositeur génial et inconnu, qui ne se compromet pas à divulguer ses oeuvres dans des circuits commerciaux convenus.

Enfant de la plèbe normande, Onfray s'est hissé vers les hauteurs parisiennes de la distinction toute aristocratique de LA musique classique, considéré ici comme un révélateur d'une élévation, à l'instar des promus, musicien à vent de l'orchestre, que Bernard Lehmann avait pointé en son temps.

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