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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 07:49

parlons d'abord d'épistémologie; convenons ici d'employer ce terme dans le sens d'une manière de penser : pour l'appliquer à la musique, nous prendrons comme modèle les trois manières de concevoir la pensée humaine telles que l'a conçu Francisco Varela : le computationnalisme, le connexionnisme et l'enaction

ces termes barbares, appliqués à la musique, recouvrent de manière simple et claire trois manières de la penser :

le computationnalisme considère le cerveau comme précablé, et la musique existant comme objet externe; il s'agit alors de mettre en harmonie les deux entités pour accorder ces deux violons que sont l'esprit humain et la musique

alain danielou est l'ardent défenseur de cette (thèse, qu'il défend dans son ouvrage "sémantique musicale"

les théories héréditaires de la musique, défendues par des gens comme claude henri chouard ou gerard zwang, participent de ce modèle;

toutes les théories scientistes sur la musique et le cerveau, qui considèrent la musique comme existant en soi comme objet externe, mais dont la définition peine à toute précision scientifique, participent de cette épistémologie

un article trouvé au hasard sur le net illustre cette manière de penser la musique

le connexionnisme, deuxième manière de penser la musique, considère le cerveau comme non figé, et susceptible de plasticité; il s'agira de former le cerveau à la musique, la musique étant considérée encore comme un objet externe déjà là;

le terme "formation musicale", qui remplace depuis les années 70 le terme "solfège", néologisme employé dans les conservatoires de musique de France, reflète bien cette pensée, qu'il s'agit d'adapter le cerveau aux réalités supposées de ce que peut être la musique

un exemple de présentation de la pertinence du cours de formation musicale

pour Varela, computationnalisme et connexionnisme ont en commun de considérer l'esprit humain et l'objet comme deux entités distinctes;

l'enaction, à l'inverse, considère ces deux éléments comme liés, couplés; ramené à la musique, cela veut dire que la musique existe parce que l'être humain existe; la musique en soi comme objet externe n' a pas de sens, la musique n'existe que parce qu'un sujet va l'entendre; musique et esprit humain sont ainsi "couplés structurellement", ce qui pose la question par exemple de l'origine de la musique, qui ne doit son existence que par l'audition humaine; je pense entre autre à ce que dit michel serres dit sur la musique, il situe l'origine de la musique au big bang originel de notre monde, alors que personne n'était là pour l'entendre : l'épistémologie enactive considère ces billevesées comme absurdes

reprenons ces trois manières d'appréhender la musique:

soit on considère que la musique est déjà en nous et que d'autre part elle existe comme objet, toutes les théories sur l'hérédité et le don s'y trouveront accréditées

soit on considère l'être humain comme sujet à former, d'une réalité externe qui se nommerait musique, et toutes les théories sur" l'acquis" s'y trouveront accréditées

soit on considère l'être humain et la musique comme imbriqués, couplés, alors la musique n'est plus cet objet sacralisé que des gens comme adorno et d'autres adulaient (je veux parler ici de la "musique classique", à distinguer de toutes ces bibeloteries comme le jazz ou la musique de masse que adorno vouait aux gémonies), la musique est alors du domaine de l'individu "autonome", qui tend à sacraliser ce qu'il juge digne d'être sacralisé; j'y reviendrai

pour résumer ces trois épistémologies, on peut en fait distinguer deux manières d'appréhender la musique : soit elle existe déjà comme objet, avec sa réalité physique, biologique, historique, neurologique......., soit elle n'a de sens que par l'existence d'un sujet, et alors son appréhension comme objet indépendant n' a aucun sens

ce long préambule trouve son illustration dans l'histoire de la musique entre Pythagore et Aristoxene de Tarente, et plus tard entre Rousseau et Rameau

pour Pythagore et Rameau, la musique existe déjà dans le monde, par la théorie de l'harmonie des sphères, des divisions fractionnelles du monocorde ou encore de la vérité physique des hauteurs

pour Aristoxène et Rousseau, la musique est appréhension par l'émotion du sujet vis à vis de la musique

voir le site : "http://rousseauassociation.ish-lyon.cnrs.fr/publications/PDF/PL8/PL8-Dauphin.pdf

on peut pointer une autre opposition, plus contemporaine celle là, entre les deux Pierre, j'ai nommé Pierre Boulez et Pierre Schaeffer

pour Boulez, la musique est affaire de structures, divisions par douze des hauteurs, du rythme, de l'intensité, qu'il s'agit d'assembler comme un beau meccano

son œuvre emblématique, c'est justement "structures"

je vous laisse apprécier ce genre de meccano musical

pour Schaeffer, la musique est d'abord la perception d'un son, qu'il s'agit d'apprécier, en essayant d'en nier son origine, pour ne se consacrer qu'à l'essence du son; sa première création de musique concrète illustre son propos

pour Boulez, la musique est avant tout une affaire de composition de hauteurs, de durée, d'intensité et de timbres de sons

pour Shaeffer, la musique est avant tout une affaire de percevoir des sons pour ce qu'ils sont

la théorie boulezienne a fait fureur dans les années 70, l'avenir de la musique et sa modernité passait par une égalité strictement démocratique des hauteurs (dixit le déjanté Henri Pousseur), mais cette mode a fait long feu, je pense à mon pote Sprogis, qui, lorsqu'il était directeur du conservatoire de Poitiers, ne jurait que par les bienfaits de la musique contempo....reine, et qui, à la retraite, se complaît à diriger des œuvres terriblement tonales et, sinon ringardes, plutôt sentimentales, comme "les cloches de corneville"

disons que, de tout temps, la musique a été considérée sous deux "épistémologies opposées", mais l'une d'elles étant hégémonique par rapport à l'autre

on pourrait également qualifier ces deux oppositions: versant "idéaliste" et versant "matérialiste" de la musique

le versant matérialiste considère la musique comme une réalité objective, qu'il s'agit d'apprécier comme objet ; je pense au thuriféraire de la pensée matérialiste, j'ai nommé michel onfray, qui se désole de ne pas apprécier la musique dans son essence même, gêné par les prétentions hégémoniques de l'interprète

le versant idéaliste de la musique peut se résumer par cet aphorisme de Luciano Berio

La musique est tout ce que l’on écoute avec l’intention d’écouter de la musique. ”

Je développe ces idées ici

l'idée d'une musique dépendante du sujet n'est pas issue d'un quelconque romantisme imaginaire; michel bitbol, scientifique émérite, parle de la prépondérance du sujet sur l'objet

pourtant, ce discours est ultra minoritaire chez les scientifiques; de la même manière, la question de la musique, comme objet en soi découplé du sujet, est une vérité et une évidence qu'il est difficile de contredire par les temps qui courent

vous voyez surement où je veux en venir : faire le parallèle entre ces oppositions épistémologiques sur la musique avec k la pratique maîtrisienne et la pratique ménétrière

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