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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 08:24

j'ai eu l'idée de cet article à la suite de la lecture du livre de René Girard "mensonge romantique et vérité romanesque"; il y parle à un moment du snob, comme modèle d'une imitation triangulaire parfaite : un sujet est fasciné par un personnage que Girard nomme "médiateur", qui pratique une manière de se comporter, le snobisme, nommé par Girard "l'objet"

le snobisme est composé de deux faces, le vain désir et le mépris snob

le vain désir, c'est le désir du sujet d'accéder au prestige du médiateur tout en lui conférant une valeur illusoire

le mépris snob : c'est le sentiment d'appartenir à une caste de privilégiés (la noblesse aristocratique), méprisant toute personne n'appartenant pas à cette caste

cette définition du snobisme m'a rappelé aux bons souvenirs de mes recherches sur l'oreille absolue

rappelons d'abord que la notion d'oreille absolue est peu précise et non délimitée scientifiquement

je donne un exemple : prenons une population de 100 personnes, en leur proposant le test d'entendre des hauteurs et de les nommer : à partir de quel seuil pourra-t-on dire qu'une personne a l'oreille absolue : à partir de 50% de bonnes réponses, 60%, 95%, 100% ?

une personne dotée d'une oreille absolue parfaite, lorsqu'elle perçoit un son, nomme, dans tous les cas, sa hauteur ; elle est capable de nommer la hauteur du tintement d'un verre, ou du pépiement d'un oiseau, mais, à ma connaissance, aucune étude sérieuse n'a été menée pour savoir si, lors d'une conversation avec un interlocuteur, le détenteur de l'oreille absolue ne perçoit que le signifiant des mots, donc en particulier sa hauteur, au détriment de sa signification

bref, le propre de la notion d'oreille absolue est illusoire, il faut être doté d'un esprit scientifique borné pour penser que l'oreille absolue a une origine physiologique, comme s'évertuent à le faire des gens comme Claude Henri Chouard ou Isabelle Peretz

Un autre taré de l'oreille absolue, Gerard Zwang, explique que la révélation de l'oreille absolue d'un sujet se produit à l'issue d'un "éblouissement"; j'adore cette métaphore visuelle, s'agissant du domaine sonore

Les différents entretiens que j'ai pu avoir avec des détenteurs de l'oreille absolue m'ont révélé que ceux ci ont découvert cette qualité parce que on leur a dit : l'une, c'est son prof de solfège qui lui a dit, l'autre, c'est un détenteur d'une oreille absolue qui en a persuadé un autre

bref, c'est une espèce de cooptation, à partir de rien pour arriver à pas grand chose; une phrase de Girard résume l'affaire : "seul le snob connaît vraiment le snob puisqu'il imite son désir, c'est-à-dire l'essence même de son être; et il n'est pas question de retrouver la différence entre copie et original pour la bonne raison qu'il n'y a pas d'original. Le médiateur du snob est lui même un snob, c'est -à dire une première copie" p.90

il suffit de remplacer "snob" par "détenteur de l' oreille absolue" pour avoir un regard girardien sur cette notion auto-alimentée.

le flou d'une définition dont on peine à trouver l'origine, l'esprit de caste que cela lui confère, l'outil conceptuel proposé par Girard sur l'imitation en général, et le snobisme en particulier, peut donner à la notion "d'oreille absolue" un regard que bien des scientistes devraient avoir l'humilité de connaître pour ne pas nous assourdir de réponses définitives et péremptoires sur un privilège qui attend encore sa nuit du 4 aout

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