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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 06:42

Le premier cours de la saison ouvert aux parents a eu lieu à Beaulieu avec les élèves du groupe B.

Nous avons pendant une heure fait le point sur les connaissances acquises lors de ce premier trimestre (intervalles et rythme) que nous avons ensuite présenté aux parents, durant la dernière demi-heure de cours.

C'est vrai qu'il aurait été interessant que je puisse échanger quelques mots avec chaque parent concernant leur enfant. Hélas je n'en avais pas le temps, Paul m'attendait juste après pour son cours de guitare.

Pour les parents qui souhaitent que je leur donne un avis sur leur enfant, ce blog vous permet, je ne sais plus à partir de quel icône, me contacter sur ma boite mail. Je vous donne mon mail, au cas où : dppk@free.fr

Je n'ai pas pu prendre de photo de ce cours, n'en ayant pas le loisir durant cette séance

Par contre, lors du cours précédent, nous avons également commencé à faire le point sur les connaissances acquises lors de ce premier trimestre, la maman de Abiké et la mamie de Arthur ont assisté à la fin du cours.

 

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 14:32


9 décembre 2011 journée de la Laïcité à Poitiers.conférence "Europe Citoyenneté Laïcité : Vivre Ensemble" donnée par Monsieur Henri PENA-RUIZ, philosophe, écrivain, professeur à l'Institut d'Études Politiques de Paris ; l'Europe et la démocratie

 

La question de la "culture" publique est abordée; mais ne dit-on pas que nous sommes sous le joug d'une culture judeo-chrétienne? Comme agnostique, j'apprécie le discours; je doute cependant d'une société dont la culture est vierge de toute influence religieuse

 

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 09:40

 


Dans l’article précédent, j’ai parlé du dilemme de la musique sacrée. Le dilemme consiste ici dans la tension entre la manière de dire quelque chose et ce que cela veut réellement dire, autrement dit, en utilisant le vocabulaire des linguistes depuis Ferdinand de Saussure, entre le signifiant (son image acoustique) et le signifié (sa signification). On peut être séduit par la forme de la psalmodie grégorienne ou des sourates du coran, tout en déniant leur intention de prosélytisme. En d’autres termes, on peut apprécier la musique sacrée tout en déniant ce qu'’elle raconte par ses mots, on s’attache au signifiant du message en refoulant, pour employer un terme de la psychanalyse, le signifié.

 

Tout l’art de la communication verbale tient à ce jeu entre signifiant et signifié.

Je donnerai ici deux exemples caractéristiques de communication verbale

D’abord Jacques Lacan, quand il parle de la mort, n’a pas besoin de le chanter. Personnellement, je n’aime pas sa voix, ses fins de phrases constamment ponctuées par le même son mouillé entre la langue et le palais, mais la signification du message est telle qu'’on peut oublier, refouler, la manière dont cela est dit.

 


 

Ecoutons maintenant Alain Finkelkraut ; le ton confine constamment à l’emphase, qu'’il parle de sa dernière facture de gaz ou du jugement chez Kant ; à écouter ce personnage, on se persuade que, quelque soit le sujet abordé, la forme prendra le dessus sur ce qu'’il raconte. J’avoue que je suis toujours séduit à l’écoute de sa péroraison. Quant à ce qu'’il raconte......

 

 


 

Et la musique dans tout ça? J’y viens. Dans un livre de Roman Jakobson, dont le titre est « Six leçons sur le sens », j’ai trouvé un passage fort intéressant que je vous livre ici :

« Il y a un siècle, un écrivain romantique russe conta l’histoire d’un homme qui avait reçu d’un magicien malveillant le don de tout voir et de tout entendre. Tout dans la nature se décomposait devant lui sans que rien ne s’inscrive dans son esprit et le sens de la parole se changeait devant le malheureux en un torrent d’innombrables mouvements articulatoires et de vibrations mécaniques dépourvus de but et de sens ».

La description du signifiant d’un message, au détriment de sa signification, est ici parfaitement résumée. L’homme décrit s’attache essentiellement à la musique des mots (sa signifiance), plutôt qu'’à ses sens (son signifié, sa signification).

Ce qui peut me faire dire que lorsque je veux percevoir le message musical d’un objet sonore, j’aurai à m’attacher au message lui-même (sa significiance) plutôt qu'’à ce qu'’il raconte (sa signification).

Cette distinction n’est pas nouvelle. Elle a été décrite en son temps par Pierre Schaeffer dans sa bible « Traité des objets musicaux », où il convoque Aristote (par  son appropriation du terme « acousmatique ») et Husserl (pour décrire ce qu'’il appelle « l’écoute réduite » en utilisant le concept de « l’époché »).

Pour Schaeffer, une écoute authentiquement musicienne doit se préoccuper essentiellement de l’image acoustique du son, et ignorer son origine et sa signification. Par exemple, pour lui, écouter le son d’un violon, ce n’est pas de dire : ce son provient d’un violon, mais de dire : ce son est granuleux, et que m’importe qu'’il vienne d’un violon.

En d’autres termes, il s’agit de se concentrer sur le signifiant du son, et non sur sa signification.

Alors, que dire de cette définition de Pierre Boulez, qui affirme dans « Points de repère » que la musique est l’art du non-signifiant.

Peut-être voulait-il dire que la musique n’a pas de signification ? Cette confusion signifiant/signifié peut être dommageable pour définir clairement l’objet « musique ».


Pour finir, un message musical pourrait être une parole chantée sans signification ; c’est ce qu'’a tenté de faire Etienne Perruchon, compositeur, qui a inventé une espèce d’esperanto musical, un langage essentiellement destiné au chant, dont les sonorités pourraient se rapprocher de la musique du discours d’une langue d’Europe Centrale.

 


 

 

 

Pour ceux de ma génération, Christian Vander avait tenté la même expérience avec son fameux langage kobaien

 


 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 09:32

D'aucuns prétendent que le génie de notre musique occidentale puise ses sources dans le chant grégorien, et qu'il est nécessaire de l'étudier pour apprécier la richesse de notre langage musical occidental

 

Alors, faut-il aller à Solesmes, partager la vie des moines, pour s'initier à ce langage pour en comprendre tous les arcanes

 


 

 

 

De la même manière, pour comprendre les maqqams de la musique arabe, ne serait-il pas utile d'étudier la psalmodie du coran?

 

un très bel exemple, avec cette récitation d'un cheikh, où toutes les subtilités de la tierce dite "pure" s'entend parfaitement; on peut, à l'égal des psalmodies grégoriennes, être subjugué par la richesse mélodique de l'exercice

 


 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 08:49

Le groupe A de la mjcaa est un peu spécial; il regroupe des élèves inscrits au conservatoire et des élèves apprenant un instrument de musique dans une maison de quartier, et qui ne sont pas inscrits au crr; après un début un peu cahotique, nous avons réussi à trouver un terrain d'entente pour que chacun y trouve son compte : je leur propose une chanson dont on étudie le solfège, cette chanson pouvant être réutilisée ensuite par le professeur d'instrument, s'il le souhaite; la première tentative s'est concrétisée par la chanson "I like the flowers", qui a bien marché; la deuxième tentative a été avec le chanson "dona dona", dont j'ai écrit les notes et la version française sur une partition.

J'ai repris la version française de Claude François, dont les paroles sont une adaptation, et non pas une traduction, d'une chanson yddish, dont les paroles sont de Aaron Zeitlin, et la musique de Shalom Secunda

Claude François a donc repris cette superbe mélodie, et les paroles du refrain, pour raconter une histoire qui n' a rien à voir avec les paroles originales

 


 

 

Cette chanson était incluse dans une pièce de théatre, produite dans les années quarante, et qui raconte, sous couvert de métaphore d'un petit veau, la shoah

 

ci dessous un copié/collé de l'historique de cette chanson sur un site internet

 

Cette mélodie, intitulée à l’origine Dana, Dana fut écrite par Sholem Secunda (1894-1974) pour Eterke, pièce du Biélorusse Aron Tseitlin. Tiraillée entre la célébration de l’histoire millénaire du peuple juif et la tentation du néant, l’œuvre de ce poète semble hésiter entre mythe et réalité, dépouillement absolu et faste liturgique. Usant d’une métaphore assez transparente, Dona, Dona compare la tradition d’un petit veau ligoté que l’on mène à l’abattoir et la disparition des juifs durant la seconde guerre mondiale. Le choix de la figure du veau, victime sacrificielle des rites païens, n’est pas anodin, mais la Shoah n’avait aucun but expiatoire. C’est sans doute la force de cette image et la qualité musicale de cette chanson qui firent son succès. Interprétée en yiddish et en anglais par Theodore Bikel, John Baez et bien d’autres, elle fut traduite dans le monde entier.

1) Oyfn furl ligt a kelbl - Ligt gebundn mit a shtrik - Hoykh in himl flit a foygl - Flit un dreyt zikh hin un tsrik - refrain: Lakht der vint in korn - Lakht un lakht un lakht - Lakht er op a tog a gantsn - Un a halbe nacht - Dona, dona, dona, dona...2) Schrayt dos kelbl, zogt der poyer - Ver zhe heyst dikh zayn a kalb? - Volst gekert tsu zayn a foygl - Volst gekert tsu zayn a schvalb - 3) Bidne kelblekh tut men nindn - Un men shlept zey un men schlekht - Ver s'hot fligl flit aroyf tsu - Iz bay keynem nisht keyn knecht

1) L'est un petit veau sur une carriole - Avec une corde ligoté - Là-haut, dans le ciel, un petit oiseau vole - S'amuse et virevolte de tous côtés - refrain: Le vent rit dans les blés - II rit et rit et rit - Il rit toute la journée - Et la moitié de la nuit - Dona, dona, dona, dona...2) Le petit veau crie, le paysan lui dit: -Qui donc t'oblige à être un veau? - Tu n'avais qu'à être un petit oiseau - Tu n'avais qu'à être une hirondelle - 3) Les pauvres petits veaux, on les entrave - A l'abattoir on peut les tuer - Mais qui a des ailes au loin peut s'envoler - Et n'est l'esclave de personne

 


 

 

La langue Yddish est un mélange d'allemand et d'hébreu, utilisé par les juifs d'europe centrale

Une version en anglais a été chantée par Joan Baez, traduction fidèle du texte cette fois ci

 


 
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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:03


Vendredi se tiendra à la Maison du Peuple une conférence/débat sur la laïcité. La question du religieux dans la musique, de la musique sacrée et profane, se trouve à chaque instant posée, concernant la pratique musicale et son enseignement.

A l’approche des fêtes de fin d’année, apprendre aux enfants une chanson de noël paraît incontournable. Depuis plusieurs années, j’ai toujours choisi de faire apprendre aux élèves des groupes A de FMG la chanson de la Marche des Rois Mages (entre autres pour des raisons de référentialité à des intervalles). Dans cette chanson, les références religieuses et chrétiennes sont inévitables, et pour comprendre les paroles, une explication sur la naissance de Jésus (un mythe ou une réalité historique ?) est nécessaire. Je ne sais jamais comment aborder cette question frontalement, et j’avoue que je louvoie toujours, selon les enfants que j’ai en face de moi. Comment rester neutre devant une histoire et des valeurs culturelles qui participent à nos liens communautaires sans faire preuve de prosélytisme ?

J’ai connu des parents d’élèves qui ont retiré leur enfant d’un conservatoire parce qu'’on leur apprenait un chant en latin. A l’inverse, lors de mes études de direction de chœur au conservatoire de Poitiers, mon professeur a cru bon de nous faire chanter avec les moines de Ligugé la Passion lors de la semaine pascale, pour nous sensibiliser à la pratique du chant grégorien.

Alors, que faire, face à ce vaste patrimoine de chants sacrés qu'’on ne peut ignorer ?

J’avoue que je me sens face à une aporie, un choix indécidable, un paradoxe bancal, qui, comme d’autres paradoxes vitaux, révèle en creux, par l’impossibilité de trancher, notre humanité.

 


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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 08:13

Alexandre étant absent ce mercredi, le groupe C était composé de deux élèves, Elitza et Baptiste

Nous avons parlé tonalité et cadence, et passé en revue les I V I dans tous les tons

 

d'abord à la table

 

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Puis au piano

 

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Elitza a amené la partition du morceau qu'elle travaille avec son prof d'instrument; il s'agit de la valse d''Amélie de Yann Tiersen

 

 

ce morceau étatit une excellente application des accords étudiés juste avant

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 10:36

Dune est absente, le groupe se retrouve à 5 pour apprendre la marche des rois mages

 

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Puis le groupe C arrive

Un premier exercice d'écoute, Margot et Alix se retrouvent dos à dos, l'une indique la première note d'un intervalle de tierce que l'autre devra reproduire (une déclinaison de la fameuse dictée musicale)

 

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En attendant les retardataires, l'exercice continue

 

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Le cours commence; on aborde aujourd'hui le rythme croche pointée-double; Margot commence à maîtriser la coordination de ses deux mains pour produire ce rythme

 

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c'est au tour de Guilhem d'expérimenter

 

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Puis de Alix

 

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On regarde ensuite sur le livre de chansons les chants où se trouve le rythme étudié

 

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Guilhem joue une de ces chansons au piano, aidant ses condisciples dans leur pratique chorale

 

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Après ce travail de pratique rythmique, d'écoute et de chant, place à l'écriture. Des doigts se lèvent après la question du professeur

 

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Malo jubile, il a compris

 

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Puis c'est la fin du cours, on range ses affaires

 

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Après la FMG, place à l'atelier guitare, avec d'abord Bianca

 

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Et Bastien

 

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 10:24

Qui ne connaît pas le professeur Choron, alias Georges Bernier, célèbre pour ses fiches bricolage, fondateur de Hara-Kiri et génie du mauvais goût ? Bernier s’est affublé de cette docte particule « Professeur Choron » parce qu'’il l’avait vu inscrite sur la pancarte de la rue où s’était installé le premier QG Canal Historique de ce qu’est aujourd’hui l’insipide « Charlie-Hebdo ».

Le vrai professeur Choron devait être l’exact inverse du faux. Défenseur de la musique sacrée et exégète des maîtrises, Alexandre Choron a voulu restaurer quelques années après la Prise de la Bastille le réseau des maîtrises dans les églises, modèle, selon lui, d’un enseignement musical parfait. Le sabre révolutionnaire s’était déjà bien vite émoussé face au goupillon vengeur des addicts de l’opium du peuple.

Dans les années 1830, Choron crée une école de chant, embryon de ce que sera plus tard l’école Niedermeyer, dont les fondements sont toujours de « s’opposer à l’invasion de l’art mondain dans le domaine sacré et établir entre la religion et l’art profane une nette séparation ».

Chant choral et religion, un bien étrange ménage, et qui perdure toujours aujourd’hui : on ne peut en effet échapper à entendre de la musique sacrée dans le moindre concert de chant choral. Les acteurs de l’enseignement artistique laïc ont toujours comme idéal ce type d’enseignement, que le film « Les Choristes » a remis au goût du jour, un enseignement sélectif (celui qui chante faux est relégué à tenir le lutrin du chef pendant les répétitions), rassurant et rationnel, d’où va s’échapper de cette masse bon enfant d’apparence indisciplinée mais policée, deux chanteurs professionnels.

Cette fascination pour l’enseignement maîtrisien trouvera son paroxysme dans l’appellation « Classe Maîtrisienne » à l’intérieur d’une école au patronyme pourtant bien laïc, l’école « Paul Bert ».

Ce souci constant de restauration d’un enseignement idéalisé déchu est battu en brèche par un tout jeune docteur en sociologie, Guillaume Lurton, auteur d’une thèse récemment soutenue intitulée : « Le chœur partagé : le chant choral en France, intégration socio-économique d’un monde de l’art moyen ».

Pour Lurton, la Révolution Française n’a pas, par un coup de guillotine, assassiné la pratique du chant en particulier, et du choral choral en France, associé dans notre représentation sociale aux maîtrises.

La pratique et l’engouement pour les chorales en France est une tradition que la Révolution Française n’a pas brisé, qui était présente bien avant son avènement, et qui a perduré après, témoin la création quelques années plus tard des orphéons et des fanfares. Des esprits chagrins voudraient nous faire croire que la pratique maîtrisienne est le parangon unique de la pratique chorale. Lurton soutient l’inverse, renvoyant Choron dans un anonymat que le vrai-faux professeur Choron nous a bien involontairement rappelé à son bon souvenir.

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 13:25

La première contradiction de la pratique artistique, c’est celle de la tension public/privé. Le véritable artiste est celui qui sait renouveler le genre, faire preuve d’originalité et d’assez de marginalité pour faire apparaître de la nouveauté par un irrespect contenu et une rébellion dosée. La réflexion personnelle est indispensable pour ce type de comportement, l’élève doit pouvoir exprimer ses compétences personnelles au-delà de toute règle normative, développer son originalité à l’écart des chemins tracés. Préserver le jardin secret de chaque élève est bien la tâche la plus difficile d’une institution qui souhaite, à l’égal de toute autre institution d’enseignement, normaliser ses objectifs, par l’acquisition par exemple  d’un « socle commun », tarte à la crème d’une pseudo démocratisation de l’enseignement qui se veut égalitaire, mais qui, dans ce cas précis, va tuer dans l’œuf toute émergence d’un esprit artistique authentique.

Préserver le privé, l’intimité, la personnalité, la singularité de l’individualité de chaque élève paraît essentiel pour un enseignement artistique authentique. J’ai cité Hannah Arendt dans un précédent article sur la nécessité de bien distinguer le public du privé. Mais ce même auteur, dans  « La crise de la culture », en parlant de l’art, écrit : « Les choses ne parviennent à la plénitude de leur être propre, qui est d’apparaître, que dans un monde commun. Dans le réel de la vie privée, les objets d’art ne peuvent atteindre leur propre et inhérente validité ». Le propre de l’œuvre d’art est donc d’être publique, l’essence même du geste artistique est d’être partagé par l’altérité. Qu'un professeur de conservatoire dise que la pratique publique « motive » les élèves me paraît superfétatoire. Le geste artistique « est » public, son origine profondément ancrée dans le privé de chacun, ce qui en fait une chose bien paradoxale, que l’institution d’enseignement ne peut dénouer à coup de règlements et d’objectifs à atteindre.

La deuxième contradiction se loge dans la tension entre pratique aristocratique et pratique plébéienne. J’ai parlé dans un article précédent des aristos et des prolos.

Un conservatoire se veut démocratique, ouvert à tous, égalitariste et populaire. La réalité est bien autre, c’est une institution élitiste (lors de la dernière inspection du CRR, un des inspecteurs trouvait que le pourcentage de 1,5% correspondant à la proportion d’élèves inscrits au CRR par rapport à la population de Poitiers, était tout à fait honorable, et était l’un des chiffres les plus élevé comparé aux autres conservatoires), l’enseignement, bien que l’institution s’en défende, est individualisé par la suprématie absolue du professeur d’instrument (tout élève sortant d’un conservatoire ne dit jamais « je viens de La Rochelle ou de Poitiers », mais « j’ai travaillé mon instrument avec un tel et un tel »), la pratique collective imposée par les conservatoires ne fait que compliquer son enseignement. Vouloir dénier le caractère individuel de l’enseignement artistique au profit d’une obligation à sa « collectivisation » révèle en creux le déni d’une pratique aristocratique au profit d’une pratique plébienne.

Enfin, la tension entre pratique ménétrière et pratique maîtrisienne accentue paradoxalement la tension entre aristo et prolo, la tradition voulant que, depuis 1789, tout enseignement instrumental dans un conservatoire soit précédé de leçons de solfège, à l’égal de la pratique orphéonique, au détriment de la pratique des ménétriers, qui, comme les aristos, ont jeté aux orties tout préalable solfégique à une pratique instrumentale.

Pour brouiller les cartes encore plus, il est question d’instituer des ateliers de pratique collective instrumentale pendant un an pour certains élèves issus du  tronc commun, le système solfège + cours individuel instrumental se trouvant saturé par la demande.

Les pessimistes diront que l’institution est minée par ses paradoxes et ses contradictions. Les optimistes se joueront de ces paradoxes, arguant que de cet amoncellement de dénis et d’actes contradictoires bien mal assumés et assurés, pourra toujours éclore de ce terreau fangeux de jolies fleurs bien singulières.

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